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AccueilJournalNuméros parus en 2005N°45 - Décembre 2005ÉMEUTES EN BANLIEUES Qui sème la misère, récolte la colère ! > Des associations s’expriment...

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Des associations s’expriment...


Les positions du réseau No Pasaran concernant la crise des banlieues s’expriment dans la majorité des articles de ce dossier. Mais dans cette page nous passons les positions d’autres associations, dont nous sommes plus ou moins proches, afin de montrer le panel des idées de différentes composantes du « mouvement social ».


Mouvement de l’Immigration et des Banlieues (MIB)

“ Crevez en Paix mes frères, mais crevez en silence, qu’on ne perçoive que l’écho lointain de vos souffrances ... ”
mercredi 9 novembre 2005
Ceux qui ne comprennent pas aujourd’hui les causes des émeutes sont amnésiques, aveugles ou les deux. En effet cela fait 30 ans que les banlieues réclament justice. 25 années que des révoltes, des émeutes, des manifestations, des Marches, des réunions publiques, des cris de colère avec des revendications précises ont été formulés.
15 ans déjà que le Ministère de la Ville a été créé pour répondre à l’exclusion et à la misère sociale des quartiers dits défavorisés. Les Ministres passent avec leurs lots de promesses : Plan Marshall, Zones franches, DSQ, ZEP, ZUP, Emploi-Jeunes, Cohésion Sociale, etc.... La banlieue sert de défouloir pour des ministres, élus et médias en mal de petites phrases assassines sur les “ zones de non-droit ”, “ les parents irresponsables ”, la mafiatisation et autres “ dérives islamistes ”.
Les habitant(e)s des quartiers et notamment les jeunes sont stigmatisés et désignés comme responsables de toutes les dérives de notre société. Ca ne coûte pas cher de donner des leçons de civisme et de montrer du doigt les “ racailles ” ou les “ sauvageons ” en les jetant à la vindicte populaire. Et ça peut rapporter gros. Les banlieues deviennent une problématique à part, dont on confie la gestion à la police et à la justice. Aujourd’hui, on nous présente ces “ jeunes de banlieues ” (sous-entendu ces noirs et ces arabes) qui brûlent comme des étrangers venus foutre le bordel en France.
Pourtant des Minguettes (1981) à Vaulx-en-Velin (1990), de Mantes-la-Jolie (1991) à Sartrouville (1991), de Dammarie-les-Lys (1997) à Toulouse (1998), de Lille (2000) à Clichy, le message est clair :
Assez des crimes policiers impunis, assez des contrôles au faciès, assez des écoles poubelles, assez de chômage programmé, assez de logements insalubres, assez des prisons, assez de hagra et d’humiliations ! Assez aussi des justices parallèles qui protègent les hommes politiques corrompus et qui condamnent systématiquement les plus faibles.
Ces cris là ont été ignorés ou étouffés. Comme sont toujours étouffées les souffrances silencieuses des millions de familles, d’hommes et de femmes, qui subissent au quotidien des violences sociales bien plus dévastatrices qu’une voiture qui brûle.
A travers le couvre-feu, le gouvernement y répond par la punition collective et une loi d’exception qui donne les pleins pouvoirs à la police. On met le couvercle sur la marmite et cela marquera pendant longtemps les mémoires de nos quartiers.
Il n’y aura jamais de paix dans nos quartiers tant qu’il n’y aura pas de justice et de réelle égalité. Aucune pacification ni aucun couvre-feu ne nous empêcheront de continuer à nous battre pour cela, même lorsque les caméras auront détourné les yeux... PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX !

L’Envolée, journal de lutte contre les prisons

« je Tombe Des Nues !?!?!?! » (Extraits du Texte de l’Envolée 13 nov 2006)
Non, les « jeunes » des banlieues ne sont pas devenus méchants. Bien au contraire, cela fait longtemps qu’ils sont trop calmes face à un acharnement policier qui n’a jamais hésité à employer toute la force brutale pour étrangler et maintenir dans l’ordre social des centaines de milliers de pauvres pour qui plus rien n’est possible. Ce n’est pas une accumulation sociologique hasardeuse qui a mené à l’élaboration et à l’application de textes de lois relatifs à la gestion des travailleurs, des chômeurs et des précaires. Dans les années 60, l’Etat faisait construire des cités béton proches des sites industriels pour « loger » les ouvriers souvent immigrés dont ils avaient besoin. Au début des années 80, délocalisations, informatisation, etc. obligent, il n’y avait plus de travail pour les habitants de ces cités qu’il fallait du coup gérer : c’était le début d’une politique de la ville réfléchie et appliquée au travers des Contrats Locaux de Sécurité. Ces contrats encadrent depuis vingt-cinq ans les conditions de « vie » dans les quartiers populaires. Leurs objectifs : étendre toujours plus le contrôle, non seulement en multipliant la présence des forces de l’ordre sur le « terrain » mais en transformant progressivement le plus grand nombre posible en « citoyen », c’est à dire en délateur et relais local de la police.
(...) Après quinze jours d’émeute, « l’opinion » admet « que c’est dur de vivre dans les banlieues, mais que c’est pas en brûlant tout que cela va s’arranger et que ces jeunes sont des voyous qui se livrent à une compétition dans la destruction aveugle, et qu’ils sont forcément manipulés par des mafias ou des intégristes ». Et pourtant, les mouvements sociaux d’envergure, celui des sidérurgistes, des enseignants en 2003, des postiers, des lycéens en 2005, des traminots de Marseille, semblent impuissants face à la détermination de l’état qui continue de faire voter ses lois sur les privatisations, la décentralisation, les retraites, la réforme du code du travail, de l’éducation nationale, le durcissement du code pénal, les lois sur la prévention de la délinquance, le renforcement des lois anti-immigrés... Même deux millions de manifestants en 1995 se sont heurtés à un autisme imperturbable.
Alors que ceux qui ont la bonne méthode la donnent. Et en attendant, il est plus sage de ne pas donner de leçons à ceux qui expriment leur colère et de ne pas se transformer en criminologues, en militants experts, en sociologues en quête d’un terrain de lutte à vampiriser, ou en moraliste de gauche appellant une fois de plus l’état au secours pour rétablir l’ordre républicain. Qu’est-ce que ce « devoir républicain » pour des enfants de parents immigrés qui n’obtiendront la nationalité française qu’en échange d’une bonne conduite au risque de se faire expulser du territoire à leur majorité ? Qu’est-ce que ce « devoir républicain » pour des jeunes qui naviguent entre petits boulot de merde payés des miettes et allocations sociales ou RMA ? (...)
Le plus grand risque est que ce feu de vie ne dure qu’un instant, qu’il ne se propage pas et qu’il se fasse le lit d’un nouveau durcissement du contrôle social sur chacun de nous et particulièrement sur les mineurs cordialement invités dans les prisons en construction. Les policiers interpellent à la pelle, les tribunaux condamnent sans vergogne et le pouvoir décrète l’état d’urgence... Mesures d’une véritable guerre sociale. Ne laissons pas les émeutiers seuls face à la répression, ne laissons pas se développer la chasse aux étrangers, soyons présents dans les tribunaux, refusons concrètement le couvre-feu, occupons les rues,exigeons l’amnistie pour tous les émeutiers d’hier et de demain.

Mouvement des Indigènes de la République

Paris le 9 Novembre 2005
NON AU COUVRE-FEU COLONIAL ! LA REVOLTE N’EST PAS UN CRIME ! LES VERITABLES INCENDIAIRES SONT AU POUVOIR !
Brutalité permanente de la police, mépris de la douleur des gens après la mort de deux adolescents, gazage d’une mosquée, propos irresponsables des autorités de l’État, les provocations d’un pouvoir exclusivement préoccupé par les calculs politiciens et les échéances électorales ont mis le feu aux poudres, et servi de détonateurs à la révolte longuement rentrée de la jeunesse indigène ou indigénisée des quartiers populaires. (...)
Victimes de toutes les discriminations, de toutes les humiliations, objets permanents du mépris social, de la brutalité policière, des contrôles au faciès, du racisme, privés d’avenir, précarisés, déclassés, rejetés, orientés par le système scolaire dans les voies de garage, interdits de se rassembler, toujours soupçonnés de tous les maux, privés de leur droit au respect et à la dignité, les jeunes des quartiers expriment leur révolte de manière spectaculaire et disent : « Nous n’avons pas d’autre moyen de nous faire entendre ! ». Face à une violence sociale et institutionnelle insupportable, leur révolte est plus que légitime : elle est salutaire. Elle constitue une réaction politique. (...)
Cette révolte confirme l’analyse que le Mouvement des Indigènes de la République a proposée depuis le lancement de son Appel en janvier 2005. La riposte des institutions de l’État est l’illustration de la gestion coloniale des populations issues de l’immigration, quel que soit le régime en place, de droite comme de gauche. (...).
Les formes prises par cette révolte conduisent à des violences et à des dégâts dont sont également victimes les populations déshéritées de ces quartiers. Nous tenons à affirmer notre plus entière solidarité à ces populations, et à celles et ceux dont les biens ont été endommagés ou détruits. (...) Ce qu’exige la jeunesse des cités, c’est d’être reconnue dans sa dignité, c’est de pouvoir vivre dans l’égalité et le respect. Il s’agit d’une exigence politique et sociale élevée, juste dans son principe, et à laquelle il est nécessaire de répondre politiquement.(...)


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