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AccueilJournalNuméros parus en 2007N°61 - Septembre 2007Permanence des ressources et revenu garanti - Partager et transmettre > LA FIN SE DÉDUIT DES MOYENS

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Permanence des ressources

LA FIN SE DÉDUIT DES MOYENS


Dans le raisonnement politique classique, on pose une revendication sur la table, puis on attend que les gens viennent. Cela ne marche plus, il faut changer d’optique. La permanence des ressources pose la question de l’organisation de la collectivité mais tente également de montrer en pratique les autres façons de s’organiser. Il s’agit d’un mouvement qui combine des solidarités actives et de nouvelles modalités organisationnelles avec des revendications dans l’espace public. Il s’agit à la fois de faire de la politique mais aussi que les personnes impliquées dans les réseaux sociaux s’offrent une permanence des ressources, et la permettent pour les nouveaux venus. Ce qui est un facteur qui peut faire pencher la balance, quand des précaires parviennent à faire ce dont l’Etat est incapable, ça la fout mal, tout simplement !


Énoncer un principe : que tout le monde ait accès aux ressources nécessaires pour vivre : un logement de qualité, l’accès effectif au soin, une nourriture de qualité, l’accès aux « fluides » (énergies et communications), à l’éducation et la culture...

Partant de ce principe, le collectif, le réseau qui se construit sur ces bases de solidarités choisit les moyens d’actions. Mais, restriction des moyens aidant, il s’agit bel et bien d’investir l’espace public à un moment donné, pour porter des revendications. Seulement, encore faut-il démontrer, pour rassurer, pour convaincre, qu’on peut s’organiser autrement nous-mêmes sur les bases d’une coopération égalitaire et d’une démocratie directe (prise des décisions collective). En d’autres termes, la permanence des ressources propose une dynamique qui peut permettre de lier les îles qui s’ignorent trop souvent dans le mouvement social : écologistes, syndicalistes, militants radicaux, humanitaires... Sans cette preuve par le fait, nous doutons fort que la population soit intéressée parce que nous proposons, ou alors ils iront voter mais rien après. On vit dans une époque très rationnelle, souvent au ras-des-pâquerettes, où il faut tout démontrer. On peut le regretter mais c’est comme ça, parfois il faut s’adapter pour pouvoir changer les choses.

Permanence des ressources et mouvement des précaires

La permanence des ressources nécessite que les personnes et collectifs bougent, afin qu’ils se fabriquent une permanence des ressources qui ait une portée collective, et pas seulement de débrouillardise individuelle. A Paris, on appelait ça des militants « sac à dos ». C’est à dire que ce sont des personnes qui le matin, s’organisent collectivement pour aller récupérer de la bouffe dans un marché, l’après-midi, qui demandent des aides sociales d’urgence en occupant une administration (CCAS) et qui le soir font une auto-réduction pour aller au cinéma ou qui vont voir des travailleurs précaires qui occupent un mac do. Evidemment, c’est un exemple extrême, dans une grande ville, pour des personnes à la fois militantes et très précaires au niveau des ressources. La permanence ne nécessite pas autant de dépenses d’énergies ; elle peut s’alterner avec des périodes de salariat ou de repos, etc. Mais l’idée est là : ne plus attendre que la gauche soit la gauche, ni rien des élections, mais prendre nous mêmes nos affaire en main  :

- en créant du collectif, des solidarités (les liens sociaux comme antidote à la précarité) : ils nous permettent de tenir car on ne se bat plus que pour soi mais pour « nous » et ça jamais une entreprise capitaliste, basée sur la compétition entre les individus, ne l’offrira ;

- en occupant des lieux, des administrations, pour poser la question de l’urgence sociale (contre les radiations ANPE, pour des aides financières directes) ;

- en permettant une transversalité : la précarité traverse la société, cette lutte est donc un fort vecteur de convergence, qui nécessité des revendications communes (revenu garanti, logement...)  ; c’est ce qui permettra de reconstruire un front social commun, comme cela a été le cas en Amériques du Sud (Piqueteros en Argentine, sans-terre au Brésil...) ;

- en recomposant des identités politiques : le mouvement des chômeurs, précaires, intermittents a apporté du neuf aux niveaux des idées et des organisations : réseau May Day en Europe, nouveau modèle d’indemnisation de la CIP-IDF (intermittents), la question du revenu garanti (revue Multitudes, entre autre)...

La limite est que les revendications posées ne fédèrent pas automatiquement, loin de là. Ces réseaux restent faibles, notamment à cause du manque de moyens mais aussi de faiblesses organisationnelles (isolement, manque de solidarité plus larges) ou assez souvent des conflits de territoire qui peuvent être dépassés, ou plus exactement, déplacés (voir article sur l’intelligence collective).

Tout ceci n’est qu’une modalité de fonctionnement parmi d’autres, la permanence des ressources permet de faire des liens avec d’autres entités sociales et d’autres types de ressources comme les ressources créatives, culturelles ou cognitives (mémoire, mobilisation, affects) et les intelligences collectives qui dépasse largement le cadre des petits réseaux militants.

Déconnecter les ressources de l’emploi

L’une des idées force de la permanence des ressources est de déconnecter les ressources de l’emploi (tout comme du revenu garanti, qui est une revendication et non pas un mouvement). Le mouvement des intermittents affirme : à emploi discontinu, revenu continu. C’est à dire que chaque être humain produit toute sa vie, selon nous, et que le salaire d’un emploi ne peut être la mesure de cette production (thèse défendue dans l’article suivant).


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