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AccueilJournalNuméros parus en 2001N°88 - Juin 2001
(ancienne formule)
> "Traumatisme" de l’I.V.G.

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"Traumatisme" de l’I.V.G.

Construit pour durer


Qui n’a jamais ressenti une sorte de compassion pour une amie ayant choisi une I.V.G. ? " Choix difficile ", " douleur ", " souffrance morale " ou " traumatisme " sont, dans la pensée collective, des mots qui riment nécessairement avec " avortement ". Pourtant, il est important de rappeler que ce traumatisme n’est subi que par une minorité de femmes avortées. Et lorsqu’il existe, il n’a non seulement rien de naturel, mais accepter ce traumatisme comme une fatalité, c’est accepter de jouer le jeu des anti-I.V.G


Il est de bon ton, pour être correct-e moralement et politiquement, de poser les femmes qui choisissent l’I.V.G. comme victimes d’un acte " lourd de conséquences ". Il est de bon ton de les plaindre. Il est de bon ton de vouloir les aider dans cette " épreuve difficile ". Merci, c’est gentil, mais cette façon de voir les choses contribue à comprendre et faire comprendre l’I.V.G. comme un moment douloureux en soi, un passage qui laisse forcément des traces. Alors qu’une I.V.G. peut aussi être, non pas une partie de plaisir, mais très bien vécue. En témoigne cette étude suisse de 1999 réalisée auprès de 103 femmes entre 15 et 45 ans : six mois après leur avortement, 11 d’entre elles avaient souffert d’un traumatisme (certaines d’entre elles avaient connu, à la même période, des bouleversements affectifs ). Certes l’échantillon est petit, mais le résultat est parlant : 90 % des femmes ne sont pas traumatisées par leur I.V.G.

Un beau pied de nez (ou bras d’honneur, à votre convenance) aux anti-choix, qui ne manqueront pas de rétorquer "Ah bravo ! Ce qui veut dire que l’infanticide (comprendre : l’I.V.G.) est banalisé ? !" Et alors ?, serai-je tentée de leur répondre avec force gros mots. Mais je me contenterai de leur faire remarquer qu’au moment de l’I.V.G., une grande partie de ces femmes avaient été choquée (tristesse, angoisse, culpabilité…), et qu’une seule sur 103 l’avait utilisée comme un moyen de contraception. L’avortement n’est donc pas un "traumatisme banalisé" (argumentation d’ailleurs un peu contradictoire), mais plutôt un acte responsable et bien assumé.

Restent 10 %, celles qui souffrent, qui culpabilisent, qui regrettent, peut-être… celles dont la douleur est palpable sur le long terme. La question est de savoir d’où vient réellement cette douleur et comment la faire disparaître : pour les défenseurs de l’ordre moral (souvent des hommes), elle est engendrée par l’I.V.G. en elle-même, donc sans I.V.G. plus de douleur. Mais il n’est pas interdit de penser qu’elle découle d’un processus plus large, une construction sociale intégrée par chacun-e d’entre nous, et qui de ce fait n’est pas fatale.

En pratique, il y a d’abord un discours moral, (im)posé par la religion, fondement à bien des égards de notre société, qui rend l’avortement coupable, donc culpabilisant, donc traumatisant. Arrive alors Pétain qui, mettant en pratique sa politique nataliste (repeuplement de la France après la Première Guerre Mondiale : Travail, Famille, Patrie), en plus d’instaurer la fête des mères, rend criminel donc illégal l’avortement. A la religion s’ajoute alors la loi pour condamner l’acte en question. Et jusqu’en 1975 (loi Veil, qui ne légalise pas l’avortement, mais prévoit des mesures exceptionnelles. En effet, aujourd’hui encore, l’I.V.G. n’est pas inscrite au code de la santé mais bien au code pénal.), si l’on n’est pas déjà blessée moralement, on l’est physiquement, pompe à vélo ou aiguille à tricoter à l’appui. Ainsi, la loi passe, mais la conception traumatisante de l’I.V.G. reste. Le discours est bien intégré, y compris par de nombreux-ses défenseurs-ses des droits des femmes, qui à leur tour et inconsciemment, entérinent et perpétuent l’idée, qui devient alors bien concrète pour nos 10%. Dites à une enfant qu’il est honteux de voler de la nourriture dans les placards, elle aura honte si elle pique un bout de chocolat (je parle d’expérience). Au contraire proposez-lui de se servir quand elle a faim, alors elle le fera sans problème moral. L’exemple est gentillet, mais le principe est le même : le traumatisme n’existera plus quand on arrêtera de croire qu’il existe. Claude Lévi-Strauss, anthropologue, le prouve mieux encore dans Tristes Tropiques : il rencontre, au cours d’un voyage en Amazonie, une tribu chez laquelle tout ce qui a trait à l’enfant et à l’enfantement est banni. Avortements et infanticides sont monnaie courante. La reproduction de cette société est assurée par des rapts dans d’autres tribus. Ici, donc, point de douleur, de souffrance ou d’épreuve dans l’avortement, seulement un acte normal, une nécessité. Une morale construite absolument différemment de la nôtre, mais forcément construite par la société. Cqfd.

Mais je dois y aller, c’est l’heure de ma pilule.

Louise de Châteaulin

Source : B.Schaad et B.Guelpa, l’hebdo (webdo.com)

Pétain a oublié ses chiens : attention, ils se reproduisent !

On connaissait SOS-tout-petits, de Xavier Dor, qui condamne sans appel l’I.V.G., à grands coups de crucifix dans ta face. On les reconnaît à leur gilet bleu-marine sur col blanc, jupe mi-mollet ou pantalon bien repassé, médaille de baptême. Ils sont forts en : dégainage de chapelet. Moyenne d’âge : 60 ans.

On voit moins Alliance pour les droits de la vie, de Christine Boutin, dont le discours s’appuie sur le traumatisme post-I.V.G. supposé des femmes. On les reconnaît à leur collier de perles, serre-tête en velours, foulard Hermès et ensemble Cyrillus. Elles sont fortes en : approche des élus par voie administrative. Moyenne d’âge : 40 ans.

Mais c’est l’explosion des Survivants, de Noelia Garcia, mouvement lancé par la Trêve de Dieu (importatrice des techniques américaines de commandos anti-I.V.G.). Ces jeunes ont l’esprit festif, des autocollants de toutes les couleurs et regrettent leurs "frères et soeurs tués" alors qu’ils ont (hélas) "survécu à l’avortement légalisé". Ils-elles sont tous et toutes né-es après 1975. On les reconnaît…difficilement, car ont l’air babas ou bourgeois. Ils-elles sont fort-es en : détournements de slogans (" Survivants de tous pays, unissez-vous, rejoignez-nous "). Moyenne d’âge : 20 ans.


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