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AccueilJournalNuméros parus en 2003N°16 - Janvier 2003 > PLUS QUE JAMAIS, LEVONS-NOUS !

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PLUS QUE JAMAIS, LEVONS-NOUS !


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Depuis avril 2002, c’était à prévoir : l’ordre moral est de retour.


Les femmes et les homosexuels sont devenus indésirables dans les instances consultatives du gouvernement : en juillet, le Conseil supérieur de l’information sexuelle procédait à l’éviction de la Cadac (Collectif pour l’avortement et le droit à la contraception) et de l’Association des parents et futurs parents gais et lesbiens pour les remplacer par deux groupes catholiques intégristes, anti-IVG et homophobe [1]. Attendons-nous à des campagnes vantant les mérites de l’abstinence ou les moyens de « guérir » de l’homosexualité… Ce retour de bâton s’ajoute à la disparition annoncée des gynécologues médicaux (ceux qui pratiquent dépistages, contrôles et informations sur la contraception). En Autriche, en Italie, l’avortement et les droits des femmes sont déjà fortement attaqués par les gouvernements conservateurs. Partout, les êtres humains de sexe féminin sont toujours plus mal traités que ceux de sexe masculin (et hétéro) : c’est ce qu’il nous a semblé urgent de pointer du doigt. Sur le plan mondial, l’injustice est criante : 80 % des pauvres dans le monde sont des femmes. Le capitalisme mondialisé s’enrichit sur le dos des femmes qu’il fait trimer dans les usines, qu’il met en esclavage domestique ou sexuel. Dans notre France démocratique et paritaire, les discriminations sexistes perdurent. à travail égal, les femmes gagnent en moyenne 15 % de moins que les hommes ; elles accomplissent les deux tiers du ménage et des soins aux enfants ; elles représentent 60 % des chômeurs et 80 % des travailleurs à temps partiel, souvent non volontaires ; au moins 2 millions d’hommes battent leur compagne, et chaque année 300 à 400 d’entre eux l’assassinent ; 48 000 viols sont aussi déclarés en France chaque année.

A ce tableau noir, s’ajoute le mépris dans lequel les médias, le pouvoir et la société dans son ensemble ont réussi à enfermer le féminisme et toute revendication égalitaire. Quelle victoire pour les réactionnaires quand une femme avance : « Je ne suis pas féministe, mais… » ! Comme s’il fallait s’excuser de revendiquer l’autonomie et le respect.

Les suffragettes il y a un siècle, et les militantes du Mouvement de libération des femmes, il y a trente ans ont mené des luttes acharnées qui ont apporté à toutes des acquis (droits de voter, d’étudier, d’avorter, de prendre la pilule, de porter plainte pour viol…). Aujourd’hui, combien de femmes (et d’hommes) amnésiques veulent encore croire qu’une pente irrésistible mène au progrès social ? Non seulement la société n’avance pas toute seule, mais elle aurait même tendance à reculer… Depuis une dizaine d’années, les groupes luttant pour l’égalité des sexes sont bien vivants. La plupart de ces féministes de la troisième génération s’appuient sur l’analyse de la construction des genres. Puisque les inégalités entre hommes et femmes sont culturelles, et ont lieu dès le début de la vie, pour les éliminer, il faut en passer par la source, c’est-à-dire dénoncer l’éducation, les médias, la famille, la culture…Tout ce qui nous renvoie au fait qu’il faut se conformer au genre correspondant à son sexe. Autre nouveauté de la dernière décennie, des hommes participent aux groupes antisexistes, se revendiquent (pro)féministes et commencent à interroger la virilité obligatoire, la domination entre hommes et le fléau de la violence masculine. Enfin, le mouvement libertaire a intégré la lutte des femmes à ses préoccupations politiques. C’est une évidence aujourd’hui qu’il n’y a pas de hiérarchie des luttes, et que si les oppressions s’alimentent mutuellement, c’est contre toute forme de domination que nous devons lutter.

Contrairement à un pays comme le Québec, par exemple, la France présente un handicap supplémentaire et de taille : le diktat de l’esthétique. Toute velléité féministe se heurte au mythe de la « séduction ». La tradition (tenace) veut que les femmes soient obsédées par la beauté et les mâles des dragueurs fortement portés sur les gauloiseries. Ce culte de l’apparence qui touche plus particulièrement les femmes, conditionnées pour plaire aux hommes, et taraudées par l’angoisse de ne pas être séduisante. Et pour cause, puisque la séduction est un des seuls « pouvoirs » reconnus aux femmes, le perdre signifie être rejeté par les hommes, et comme ce sont eux qui détiennent le vrai pouvoir… Le féminisme donne des sueurs froides aux « french lovers », pour la simple et bonne raison qu’il signifie pour eux perdre leur ascendant de coq sur une basse-cour frétillante et docile. Cette fameuse différence des sexes (et des genres) sans laquelle les sociétés s’effondreraient, paraît-il…, n’est pourtant pas une donnée si naturelle. Anatomiquement et génétiquement, les hermaphrodites existent, ils ne sont pas forcément une anomalie. Les queers annoncent une société où la dualité homme-femme et homo-hétéro n’aurait plus de raison d’être. Verrait alors le jour l’ère de cette « indifférenciation » qui effraye tant : il n’y aurait plus un groupe déterminé et identifiable assujetti à un second tirant profit de cette dépendance et abusant de son pouvoir social. Si les catégories hommes et femmes cessaient d’être centrales, et même d’exister, chacun-e pourrait enfin vivre sa sexualité comme bon lui semblerait. Les humains de sexe féminin feraient l’expérience de la liberté véritable et les humains de sexe masculin découvriraient les rapports égalitaires authentiques. Enfin, si l’oppression ne disparaît jamais miraculeusement, les luttes passées l’ont déjà fait reculer. Alors qu’attendons-nous ?




[1] La Confédération Nationale des Associations Familiales Catholiques
et la Fédération Nationale des Familles de France.


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