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AccueilJournalNuméros parus en 2003N°24 - Novembre 2003 > Le LUNDI C’EST PLUS RAVIOLIS

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Le LUNDI C’EST PLUS RAVIOLIS


A Montpellier les Radis Noirs s’organisent pour une bonne auto(di)gestion. Les débuts d’une cantine libertaire autogérée bio et végétarienne. Toute nouvellement créée à l’occasion du sommet anti-G8 à Evian puis du Larzac 2003, la cantine des Radis Noirs de l’auto(di)gestion tourne à présent sur Montpellier grâce à un collectif comptant plus d’une vingtaine de personnes motivées et dynamiques. Les réunions sont effervescentes, durent jusqu’à deux heures du matin, et les perspectives, débattues longtemps sont consensuelles et très positives.




Tout d’abord ce que j’apprécie énormément c’est que toutes les personnes qui s’investissent ne se prétendent pas ouvertement être militantes ni adhérentes à une idéologie politique quelle qu’elle soit, et s’intègrent pourtant avec beaucoup de détermination et de plaisir dans ce projet anticapitaliste concret.

Basé sur un principe autogestionnaire de solidarité et de responsabilisation individuelle, c’est à chacun-e de se prendre en main, de faire des propositions, de s’investir. Les repas, préparés collectivement, sont à prix libre, c’est à dire que quiconque peut venir y manger, en donnant la participation qu’il consent apporter, qu’elle soit d’ordre pratique (pour la préparation des repas), ou financière, (somme librement choisie pouvant aller de 0 à l’infini) selon les moyens de chacun-e, aussi pour nous réapprendre à estimer par soi-même la valeur d’un repas, et l’importance du travail en autogestion. Ce système, qui annule totalement toutes formes de pouvoir, de domination dans une même structure, ne fonctionne que par la volonté de chacun-e de s’impliquer collectivement, pour un but commun et partagé : proposer un repas sain, bio et local pour faire tourner les petits producteurs de nos montagnes, végétarien par respect envers les animaux et pour n’exclure personne, préparé par tous ceux qui le souhaitent, et apprécié par tous ceux qui ont faim, quels que soient leurs moyens.

Pourquoi tout cela ? Parce que se prétendre, engagé, anticapitaliste, radical ou quoi que se soit, c’est bien beau mais encore faut-il démontrer que toutes ces idées et réflexions sont possibles à mettre en œuvre dans la réalité. Il ne s’agit donc pas de militer ou de ne pas militer, mais d’agir et de vivre autrement, comme nous l’expliquerait Miguel Benesayag.

La liberté, l’autogestion, la solidarité, l’égalité, le respect humain et animal, les alternatives au nucléaire, le réapprentissage du rapport aux personnes et à l’argent, dans des cantines telles que celles du VAAAG, tout y est ! Nous pratiquons au lien de vouloir convaincre par la théorie.

C’est la raison pour laquelle choisir de faire tourner une structure culinaire autogérée sur Montpellier peut permettre de mettre tout cela en pratique, que ça concerne le partage des tâches, la construction d’une cuisinière solaire, l’éthique bio ou le système sans discrimination du prix libre ; ensuite pouvoir se déplacer lors de mobilisations militantes (VAAAG, Larzac, Journée libertaire, Journée Bus Gratuit) et être présent pour un mouvement social en action (intermittents, actions contre la precarité du logement étudiant…) permet de faire diffuser non seulement des idées mais aussi une pratique effective, un savoir, une technique de travail et d’organisation.

Nous sommes tous et toutes déterminé-e-s à évoluer par le biais quotidien de pratiques autonomisantes pour tenter de nous arracher de la dépendance chronique que veut nous imposer la logique consumériste d’un système marchand et productiviste. Faire, c’est la seule manière de crédibiliser ce que l’on dit. Récupérer, apprendre à bricoler, marchander les prix, éviter de cautionner toute grande surface, privilégier l’autoproduction, l’autoconstruction, c’est se réapproprier le savoir et la technique qu’on nous a volés, c’est échapper à l’asservissement social et économique, c’est une mise en pratique concrète de l’anticapitalisme, c’est appliquer enfin les idées libertaires.


Comment on fonctionne ?

Des groupes de travail se sont rapidement et nécessairement montés, ce qui permet de diviser les tâches ainsi que les responsabilités, et d’avancer de manière significative et consécutive dans plusieurs domaines
à la fois :

- un groupe structure, qui s’occupe de récupérer le matériel nécessaire à la construction d’une structure autoconstruite qui servira à la cantine lors de ses déplacements ; brièvement elle sera constituée de poteau de bambou, de traverses en cordage, et de toile en coton imperméable et ignifugée. La récupération est privilégiée, hormis pour la toile qui doit être de qualité ;
- un groupe déco, qui se charge de créer des affiches, banderoles et panneaux d’informations, de mettre en couleur des slogans ou des réflexions à faire diffuser...
- un groupe producteurs et commandes, qui cherche des prix avantageux de coopératives ou producteurs bio des alentours de Montpellier, qui fait les marchés, assure les stocks et les commandes ;
- un groupe logistique du matériel, qui s’occupe de ce qu’il y a à récupérer concernant le matos propre à la cuisine, comme des grosses gamelles en inox, les couverts...
- un groupe finances, assurant la comptabilité et la trésorerie.

Chaque groupe fait part de ces avancées et perspectives à chaque réunion, les décisions qui concernent tout le monde sont naturellement prises en commun.

Personne n’à le pouvoir de donner des ordres à personne, chacun-e s’investit à la hauteur de sa volonté et de son temps, et peut se spécialiser qu’au niveau de son groupe de travail, s’il a des compétences à faire partager ou des propositions de moyens intéressant à mobiliser.


Notre tournée :

- les 13 et 15 octobre à la fac elle était présente et a servi 60 repas à l’occasion d’actions journées “maison en carton” et occupation du Crous lancées par KEDAL, un Kollectif Etudiant pour le Droit Au Logement, des membres des syndicats Sud Etudiant et de la FSE, et des électrons libres, cet ensemble de personnes dénonçant le nombre faramineux d’étudiants (7000) !) qui n’ont toujours pas de logements sur Montpellier en cette rentrée 2003.
- le 17 octobre sur la place de la Comédie en réaction à la journée mondiale du refus de la misère, où nous avons eu la possibilité de prôner le travail en autogestion, de faire connaître le système du prix libre, et surtout de faire valoir une lutte quotidienne contre cette misère générée par le système et entretenue par notre surconsommation. Etant donné le contexte de cette journée où les gens de la rue étaient occasionnellement à l’honneur (! !!) et avaient aujourd’hui particulièrement “une forme de dignité” (un intervenant), la Cantine savait qu’elle tournerait cette journée-là à perte, le prix libre dans le devoir jouer son rôle d’accessibilité à tous et toutes, le hic était que les riches, parmi toutes ces personnes se disant solidaires, ont oublié de payer pour les pauvres...


Pour bientôt, à l’ouverture d’un squat autogéré :

- Semaine du 11 au 18 novembre à Paris au Forum Social Libertaire s’il y a besoin de personnes pour faire tourner une structure autogestionnaire.
- le 29 novembre peut-être lors du Forum Social de l’Hérault, suivie d’une action anti-pub : déversement de pubs récupérées jusqu’à cette date dans un supermarché de notre choix pour dénoncer cette énorme propagande consumériste.
- date indéterminée pour une éventuelle 2ème action bus gratuit avec les camarades de Toulouse, peut-être couverte par Pierre Carles.
- et surtout participation à grande échelle lors du prochain camp de No Border qui se tiendra dans la région de Perpignan en août 2004 ! Des personnes vont se proposer pour aller voir terrains et proprios sur place.
- enfin des repas de quartiers tout au long de l’année selon les moyens et les occasions...

Il est intéressant de constater que cette structure peut se greffer facilement et en toute légitimité à différents domaines de lutte. Elle est elle-même un acte politique ; par son itinérance, son fonctionnement autogestionnaire et solidaire elle peut en soutenir d’autres.


Quelques projets :

- Des formations internes se profilent : comment faire 15 kilos de riz sans qu’il soit collant, pâteux et en bouillie ? Comment évaluer les quantités et proportions d’aliments selon le nombre de repas à servir ?...
- Des ateliers devront aussi se mettre en place pour la construction de fours et cuisinières solaires, d’éoliennes, de bancs et de tables... Tout ce qui sera nécessaire et proposé.
- Une brochure est en réflexion : Comment monter une cantine autogérée ? Où récupérer le matériel nécessaire, comment trouver des produits bio pas cher, comment le système des groupes de travail peut construire des rapports humains fondés sur le partage des tâches, la solidarité, la responsabilisation individuelle, de sorte que la réussite ou l’échec de la structure collective ne dépendent que de la bonne volonté et l’implication créative de chacun-e ? Diffusée, cette brochure permettra de donner aux personnes inspirées les premières pistes à emprunter pour monter leur propre cantine, au sein d’un quartier, d’un village, d’un mouvement...


En somme...

Notre présence au VAAAG, au Larzac et pendant le mouvement des intermittent-e-s a servie de propulseur à la constitution du collectif, qui part ainsi sur la base d’expériences autogestionnaires réussies, avec une partie des personnes qui se sont auto-formées sur le tas, et qui ont ensuite communiqué leur motivation à d’autres.

Il est agréable de constater que chacun-e s’est approprié le projet, et compte bien y jouer un rôle spécifique au travers des différents groupes de travail...

L’autogestion est respectée dans le sens où le groupe initialement constitué avant le VAAAG a évité le piège de vouloir chapeauter l’organisation de la Cantine par peur de déviance, excluant ainsi la participation d’autres personnes.

Il y a pour tout le monde beaucoup à apprendre, à apporter, à échanger ; une volonté anticapitaliste n’a de viabilité que si elle se matérialise en un projet concret à construire, seul moyen d’attester le caractère positif et réalisable des idées libertaires.

Les Radis Noirs démarrent plein pot, nous manquons juste un peu d’organisation en réunion ou en cas de déplacement, mais la bonne volonté, moteur d’une auto(di)gestion de qualité, est au rendez-vous.

Pour nous joindre : www.radis_noirs@no-log.org


Claire (Scalp34/Radis Noirs)


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