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AccueilJournalNuméros parus en 2004N°30 - Mai 2004 > Urgence - Sécu - Santé

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Urgence - Sécu - Santé


C’est l’un des "grands chantiers du gouvernement : la réforme de la sécurité sociale. Le gouvernement annoncera fin avril son premier texte d’orientation sur la réforme de l’assurance maladie, mais on en connaît les grandes lignes qui se soldera par de nouveaux sacrifices pour les assurés sociaux.


Le nouveau ministre de la Santé Douste-Blazy veut, soi-disant, prendre le temps de rencontrer l’ensemble des acteurs, syndicats, patronat, professions de santé, mutuelles et partis politiques. Affirmant récuser son prédecesseur, la privatisation ou l’étatisation, il lance "Lorsqu’on parle de santé publique, lorsqu’on parle d’hôpitaux, lorsqu’on parle de cet héritage social, il faut le sauver à tout prix". Remarquant que "les chômeurs de longue durée présentent un risque d’infarctus du myocarde deux fois et demi plus élevé que la moyenne" et que "certaines maladies, que l’on coyait vaincues, sont réapparues avec la grande précarité.", il aurait donc l’intention de présenter un texte pour améliorer l’accès aux soins des plus démunis. Mais nul doute qu’il prépare les "difficiles" mesures de "redressement" financières, annoncées par Chirac. Dans cette optique, Douste-Blazy a demandé la réunion "le plus rapidement possible" de la Commission des comptes de la Sécurité sociale afin d’établir exactement le déficit cumulé. Comme les gouvernements précédents, celui-ci compte bien utiliser, en le dramatisant, le "trou" de la Sécu pour imposer de nouveaux sacrifices aux assurés sociaux. Mais comme dans tous les pays aux système de santé développés, la France présente en effet, la caractéristique de forte croissance de ses dépenses de santé.

En quarante ans, la part de la consommation de soins et de biens médicaux a été multipliée par 2,5 passant de 3,5 à 8,8% du PIB (produit intérieur brut), en raison de profondes évolutions intervenues dans la société :
- allongement de la durée de vie de la population, poussant à des prises en charge dans les domaines sanitaire et médico-social ;
- apparitions de nouvelles pathologies ;
- développement de pathologies chroniques qui nécessitent un suivi plus long des patientEs ;
- progrès de la recherche et utilisation de technologies plus performantes qui enchérissent les coûts ;...
Cette tendance a une croissance des dépenses de santé va se poursuivre. Elle incite donc à un débat de société sur la part des richesses créées à leur consacrer, en considérant la finalité de ses dépenses, c’est-à-dire en posant la question de la santé dans notre société.

Et là, les différentes logiques s’affrontent. Selon la logique libérale dont s’inspire le gouvernement : la Sécurité sociale n’étant plus en capacité de couvrir l’ensemble des dépenses de santé qui ne cessent d’augmenter, il faudrait donc, au nom de la maîtrise des prélèvements obligatoires, procéder à leur répartition entre les régimes obligatoires (la Sécurité sociale) et les organismes complémentaires. Ceux-ci sont des organismes privés, non obligatoires, qui ne concernent que leurs clientEs ou adhérentEs, selon des principes différents : but lucratif pour les sociétés d’assurance (au nombre de 118 en France), valeurs dites de solidarité pour les mutuelles (1300) et paritarisme pour les instituts de prévoyance (70). Les trois étant soumis aux règles de l’assurance : le montant des cotisations ou primes, la couverture ou les prestations proposées, relèvent de leurs choix propres et les soumettent à la concurrence entre eux. Par leur nature et leur finalité, ces organismes ne peuvent donc en aucun cas être placés à égalité de droits et de responsabilité avec la Sécurité sociale. Pourtant un tel choix de répartition, répondant aux vœux du MEDEF encore énoncés le jeudi 22 avril dernier, serait en rupture avec les valeurs de la solidarité à la base du système actuel et aurait pour effet d’engendrer davantages d’inégalités dans l’accès aux soins. Les maladies lourdes (cancers et autres pathologies graves et coûteuses) et les populations défavorisées resteraient à la charge de la Sécu. A l’inverse, les risques légers ou lucratifs ainsi que les populations dites solvables, relèveraient des organismes complémentaires. A terme, une telle sélection livrerait le marché de la santé aux mains des assureurs privés, dont les finalités ne peuvent être la réponse aux besoins des assurés sociaux.

Il est temps de changer le cap de la politique de santé en s’interrogeant, non pas sur les possibilités de résorption du déficit, mais sur ce qui doit relever de la solidarité nationale ou de la responsabilité individuelle. Egalement en prenant en compte ce qui ne l’est pas actuellement dans les budgets de l’Assurance maladie : la prévention, l’amélioration de la qualité du système de santé partout, pour toutes et tous, les processus de prise en charge, le développement de la médecine scolaire, de la médecine du travail...

Il importe alors de réfléchir à d’autres types de rapports entre les professionnels de santé, la Sécu et les assuréEs. il importe lors des différents débats, et autres manifestations à venir de réfléchir, et d’exprimer fortement ce que nous voulons pour notre santé.

Eka


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