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AccueilJournalNuméros parus en 2004N°30 - Mai 2004 > Sur la Palestine

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Sur la Palestine


Maurice Rajsfus a tenu une chronique pendant 8 années dans No Pasaran. Pour les prochains numéros, nous lui avons posé des questions sur un certain nombre d’événements, de luttes auxquels il a participé tout au long de sa vie et de réflexions au travers de ses écrits .


Il était une fois la Palestine. Ce pays existait comme province de l’empire ottoman, avant la Première guerre mondiale. Il est vrai qu’à cette époque on ne différenciait guère les Arabes vivant à Jaffa de ceux qui se trouvaient au Liban-Sud. C n’était pas forcément l’idylle, et la vie clanique avait sans doute ses avatars, mais les enjeux étaient limités. L’essentiel étant de ne pas fâcher le tuteur turc.

Dès le début des années 1900, avec l’arrivée de plus en plus significative des sionistes, venant chercher le salut sur la terre promise, le paysage allait peu à peu se modifier. Au tournant du siècle, il y avait quelque 600 000 Arabes palestiniens sur cette terre et moins de 20 000 Juifs, venus pour la plupart de l’empire tsariste où ils vivaient dans le climat progromiste lourds de menaces.

A cete époque, les relations entre Palestiniens et Juifs n’étaient pas mauvaises, et même plutôt bonnes, parfois. Certes, les nouveaux arrivants avaient quelques défauts, et s’appliquaient surtout à acheter des terres qui appartenaient à d’autres.

Après l’échec de la Révolution russe de 1905, les pogroms renouvelant de vigueur, c’est une nouvelle génération de sionistes - de gauche ceux-là - qui commençaient à arriver en nombre, tandis que les subsides pour développer la propriété foncière permettaient détendre la superficie de ces terres, désormais destinées au travail collectif sur un mode décrit comme " socialiste ", annonçant les fameux kibboutzim. Lorsqu’éclate la Première guerre mondiale, il y a déjà près d’un million de Palestiniens, et environ 90 000 Juifs. Il restait encore quelques traces de convivialité dans cette région…

Après la défaite de l’empire turc, qui avait partie liée avec les empires allemand et autrichien, c’est la Grande-Bretagne qui allait devenir puissance mandataire de la Palestine. Dès lors, tout allait bientôt se gâter. Selon la technique coloniale éprouvée - diviser pour régner - les Anglais allaient s’appuyer, tantôt sur les Arabes, tantôt sur les Juifs. Pourtant, même au cours des années 1930, il n’était pas encore question d’envisager cet Etat d’Israël que nous connaissons. Tout juste parlait-on à mots couverts, de ce Foyer national juif évoqué par Lord Balfour, en novembre 1917.

De plus en plus, le territoire palestinien se couvrait de ces kibboutzim, dont on expliquait doctement qu’ils étaient bien plus égalitaires, plus humains que les kholkhozes de l’Union 0sov0iétique censés apporter la solution à l’exploitation des paysans. Un bémol, pourtant, dans l’idéologie sioniste de gauche : le travail de la terre, dans les kibboutzim, tâche noble sur la terre des anciens hébreux, était réservé aux seuls Juifs. Il est vrai que, peu à peu, malgré la présence plus que visible des Palestiniens, qui cultivaient leurs champs, leurs oranges et leurs olives, revenait comme un lancinant refrain cette sentence du père fondateur du sionisme, Théodore Herzl, décrivant la Palestine comme : " Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ", le temps du mépris était venu, précédant le temps de la haine.

La persécution raciale aidant, en Pologne, en Roumanie ou en Hongrie, mais surtout dans l’Allemagne de Hitler, depuis 1933 la Palestine recevait de plus en plus d’immigrants juifs, malgré les différents " livre blanc " britanniques limitant l’entrée des Juifs dans ce pays. A l’orée de la Deuxième guerre mondiale, il y a déjà plus de quatre cent mille Juifs en Palestine mais la majorité d’entre eux ne travaillent pas la terre puisque les célèbres kibboutzim, ainsi que les exploitations agricoles privées ne représentent qu’environ 6% de la superficie de la Palestine du Mandat britannique.

Tout comme la répression raciale a favorisé l’immigration juive en Palestine, de 1933 à 1939, le génocide qui s’est déroulé en Europe occupée va mettre le problème palestinien au premier plan des réflexions des pays membres de l’organisation des Nations unies (ONU) constituée en 1945. Situation ambiguë car, durant les années qui venaient de s’ écouler, les puissances démocratiques - tout comme l’Union soviétique - ne se sont guère souciées du sort des Juifs d’Europe massacrés.

La suite allait rapidement décider du sort des Palestiniens. En novembre 1947, l’Assemblée générale des Nations Unies décidait, après un brillant playdoyer du ministre soviétique Gromiko, la partition de la Palestine du Mandat britannique en deux Etats, l’un Palestinien, l’autre Juif. Aucune des deux parties n’était satisfaite de ce partage, et une guerre larvée éclatait aussitôt - se transformant en un conflit généralisé avec les pays arabes de la région, dès la proclamation de l’Etat d’Israël, le 14 mai 1948.

Les Israéliens (armés par l’uRSS et la Tchécoslovaquie) mettaient en équation une politique de conquête territoriale, tout en expulsant des centaines de milliers de Palestiniens vers le territoire de Gaza et la Cisjordanie (sous contrôle jordanien) le Liban et la Syrie. C’était l’émergence de ces camps de réfugiés, que l’on peut encore " visiter ", cinquante-six ans plus tard.

Les Israéliens, ces citoyens du nouvel Etat, étaient-ils satisfaits ? Pas vraiment. Le pouvoir était surtout entre les mains de glorieux militaires (tous socialistes évidemment) comme le général Dayan, et les guerres successives ne pouvaient que conforter cet Israël où n’accouraient pas nécessairement les Juifs d’Europe, particulièrement les rescapés du génocide. D’où la nécessité " d’importer " des Juifs du Maroc, d’Irak ou du Yemen. Ce qui était un non-sens pour les pères fondateurs de cet Etat - David Ben Gourion et Golda Meir - qui avaient surtout parié sur l’émergence d’une nation " blanche ", relai de l’Europe sur le plan économique. Las, il leur fallait se contenter de ces ressortissants des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, car il fallait bien protéger les frontières des territoires récemment conquis.

Après la guerre de 1948-1949 allait suivre la confrontation de l’automne 1956, pour soutenir les unités britanniques et françaises intervenues en Egypte après la nationalisation du canal de Suez par Nasser. Ce sera ensuite la guerre de conquête de juin 1967, qui permettra l’occupation de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, avec comme corrolaire l’expulsion de dizaines de milliers de Palestiniens, vers la Jordanie, cette fois, par les ponts du Jourdain. A la suite, les Israéliens héritaient de la tutelle sur les camps de réfugiés implantés dans les territoires conquis. Profitant de l’aubaine, les colons intégristes commençaient immédiatement à s’implanter dans les territoires occupés, avec la bénédiction des gouvernants " travaillistes ".

Ce sera ensuite la guerre de l’Automne 1973 (dite Guerre du Kipour car les Egyptiens avaient franchi le canal de Suez, sans prévenir, durant cette fête juive). Cette autre guerre ouvrait pourtant la voie à des négociations inattendues avec l’Egypte, après l’évacuation du Sinaï par les soldats israéliens. C’est ainsi qu’en 1979, Menahem Begin (ancien terroriste) ouvrait les bras de l’égyptien Anwar el Sadate, qui sera assassiné par ses proches pour cette " trahison ".

N’ayant plus d’ennemis à sa taille, les armés de l’Etat d’Israël (Sharon était alors ministre de la Défense) envahissaient le Liban, en juin 1982, pour en finir avec les Palestiniens réfugiés en nombre dans la région de Beyrouth, et ce seront les massacres de Sabra et Chatila, sous le regard indifférent des envahisseurs.
Depuis, plus de guerres extérieures mais conflits " internes " avec l’impitoyable répression de la première intifada (1987-1989). Suivront de longues négociations, avec les représentants de ceux dont les Israéliens ne reconnaissaient même pas l’existence jusqu’alors. Viendront les accords d’Oslo et de Washington, qui ne seront pas respectés. Ce qui conduira à la deuxième intifada, qui dure depuis le 28 septembre 2000 et a provoqué des milliers de morts palestiniens et israéliens.

Les pères fondateurs de l’Etat d’Israël ont réussi leur coup. Depuis le début des années 1960 s’était peu à peu construit un mouvement national palestinien, avec affirmation laïque et démocratique. Durant les décennies écoulées, Israël s’acharnera contre ces hommes et ces femmes qui espéraient en l’émergence d’une Palestine très différente des pays arabes environnants. Le résultat le plus visible de cette politique, c’est la montée progressive de l’influence de l’intégrisme islamiste. Ce qui permet à Israël de désigner les Palestiniens comme globalement terroristes. Alors que les dirigeants de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) avaient tenté vainement - pendant des années - de lancer un pont vers l’autre rive.

Pour conduire une telle politique, Israël avait besoin d’un Etat complice, sinon d’un financier. Les Etats-Unis ont tenu ce rôle de façon indéfectible. Moyennant des subsides d’environ cinq milliards de dollars par an, Israël a pu développer l’une des plus fortes armées du monde, et menacer gravement la paix au Moyen-Orient, et peut-être même au-delà.


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