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AccueilJournalNuméros parus en 2004N°34 - Novembre 2004 > Le Carrousel, un Système d’Echange Local en milieu rural

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Le Carrousel, un Système d’Echange Local en milieu rural



Organisé sur le département de la Creuse (125000 habitants), territoire à dominante rurale, faiblement industrialisé et urbanisé, dont la préfecture, Guéret, est la seule ville de plus de 10000 habitant-e-s, le Système d’Echange Local Le carrousel permet à ce territoire de tisser des liens de solidarité et de lutte et de favoriser un développement local social que l’isolement des uns et des autres limite. Petit tour d’horizon de ce dispositif, de ses spécificités et de ses évolutions d’après le regard de Jean-Pierre et Marinette, membres du Carousel.
dessin 1
Présentation synthétique du Système d’Echange Local (SEL) de la Creuse
Le Carrousel est créé au printemps 1997 à la suite d’une réunion publique organisée par un groupe de personnes déjà intéressé pour promouvoir des solidarités dans le développement local grâce à l’entraide et à des échanges multilatéraux de savoirs, de biens et de services.
Le champ d’organisation du Carrousel s’étend sur l’ensemble du département dela Creuse, divisé en trois secteurs géographiques avec un animateur dans chaque secteur (La Souterraine, Guéret, Faux la Montagne). C’est une association Loi 1901 déclarée en préfectur. Il y a actuellement 70 adhérent-e-s. L’adhésion est de 8 à 15 selon les possibilités. Elle sert à financer les incontournables (envois postaux...).
La monnaie fictive est la nèfle, fruit de l’arbre Le néflier et qui n’est consommable qu’après les gelées. Pour le clin d’oeil, ce fruit n’a jamais eu de valeur marchande.
Chaque membre du SEL dispose d’un crédit de nèfles dont le solde ne peut dépasser 5000 ou +5000 nèfles. Ce solde est tenu par chacun-e des membres et est vérifié une fois par an par le bureau de l’association lors du renouvellement des adhésions.

Les échanges et des personnes
Les échanges se font de personne à personne lors de rencontres mensuelles par secteur ou lors de bourses locales d’échanges. Ils portent sur des échanges de biens, de services, de savoir-faire et de savoirs. Ce système est plus souple que le troc qui demande systématiquement une réciprocité en échange du bien ou du service proposé.
On retrouve de manière prépondérante un public plutôt jeune, diplômé, en rupture avec la société traditionnelle de l’argent. Cependant, on trouve également des retraités, des paysans, des artisans, des professions libérales, des enseignants, des commerçants qui, pour la plupart, ne sont pas originaires de la Creuse. Leur histoire les a amenés dans une région rurale isolée et faiblement peuplée comme le plateau de Millevaches où il est essentiel de se regrouper et d’apprendre la solidarité.
Il semble que le nombre d’adhérent-e-s augmente un peu avec une petite rotation des participant-e-s et que le public rajeunisse. La quantité des échanges semblent stable.
Le SEL est considéré comme un outil de substitution à l’échange marchand traditionnel. Ainsi, des constructions de
maisons peuvent être envisagées par des « selistes » aux moyens financiers modestes. De même, le SEL permet à chacun-e d’accroître son accès à différents services.
Si le SEL peut être perçu au départ comme une opportunité de bénéficier d’un service (pour la réalisation d’un chantier par exemple), la richesse des échanges et des rencontres favorisent l’ancrage de la pratique. Néanmoins, un effet d’aubaine, à la marge, peut toujours être observé.

La production sociale et collective du Carrousel
Le secrétariat, la trésorerie, la communication et l’animation du SEL relève du bénévolat. Il n’y a pas de temps formalisés au niveau de l’administration du SEL. Le système organisé autour d’un conseil d’administration a été abandonné au bénéfice de la gestion d’un collectif sans président-e.
Le SEL est devenu un support pour l’échange d’idées et l’organisation de débats autour d’une nouvelle société à
partir de l’agir local, au quotidien, en créant un tissu de liens sociaux par l’échange, l’entraide, la communication, le partage à partir des besoins concrets de chacun. Le SEL favorise un comportement d’acteur et non d’assistés en créant des richesses qui ne seraient pas mis en valeur dans notre système économique actuel, en dépassant la barrière de l’argent pour découvrir l’aspect humain de l’échange, en plaçant l’homme de façon autonome et responsable au cur du processus économique. Cette expérience montre que la richesse n’est pas forcément dans le porte-monnaie mais dans le coeur de chacun-e. Le développement du mouvement altermondialiste a renforcé la dimension militante du dispositif en favorisant les échanges de réseau à réseau (à propos de l’agriculture biologique, au travers de manifestations contre la guerre et le nucléaire, par la mise en place d’une coopérative de distribution alimentaire...).
Le contexte rural influence fortement l’esprit de solidarité. Il structure de manière singulière le rapport des habitant-e-s au temps et à l’espace. L’éloignement favorise la solitude des uns et des autres et le SEL véhicule un état d’esprit nouveau au sein d’un réseau de personnes vivant l’écologie, défendant la protection de l’environnement, l’échange d’idées et d’initiatives collectives favorisant la mise en place de dynamiques locales.


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